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Le Ministre des Affaires étrangères, M. Sabri Boukadoum, invité du Forum du quotidien « Echaâb » - samedi 11 juillet 2020 11/07/2020

 


Le ministre des Affaires étrangères, M. Sabri Boukadoum était l’invité, samedi 11 juillet 2020, du Forum du quotidien « Echaâb », devant des parlementaires, des recteurs d'universités, des professeurs et des journalistes, où il a évoqué les questions internationales et er régionales d’intérêt pour notre pays.

Concernant les relations algéro-françaises, M. Boukadoum a affirmé qu’il existait "une volonté positive chez le président français Emmnuel Macron pour le règlement de ce dossier", notant que "la prochaine étape prouvera s'il y a de bonnes intentions".

"Nous souhaitons être des partenaires de la France et non des antagonistes, car le dossier de la Mémoire est prioritaire et vient avant toute relation économique ou humaine, de même que la reconnaissance du préjudice causé aux Algériens durant la période coloniale facilitera les choses à l’avenir", a soutenu le chef de la diplomatie algérienne.

"Nous n’oublierons jamais le dossier de la Mémoire, et il ne s’agit pas uniquement de la récupération des restes mortuaires", a-t-il observé, ajoutant "qu’un travail technique est en train de se faire pour identifier les crânes des Algériens qui se trouvent en France, et dont nous ignorons encore le nombre exact".

"Il y a aussi la question des archives et des essais nucléaires effectués par la France coloniale en Algérie, une question d'une extrême importance", a souligné le ministre, précisant que les relations avec la France revêtent "un caractère particulier en raison de l’histoire et de la forte concentration de la communauté algérienne, mais aussi de personnes ayant une relation passionnelle avec l’Algérie, ce qui explique le poids de l’Histoire dans ce genre de relations".

Concernant la crise en Libye, Le Ministre des Affaires a affirmé le rejet par l’Algérie de toute ingérence étrangère en Libye, précisant par la même que toutes les parties libyennes réclamaient que l'Algérie "poursuive ses efforts dans le cadre du règlement de la crise" dans ce pays voisin.

M. Boukadoum a fait savoir que l’Algérie "coordonne avec toutes les parties concernées par le dossier libyen, notamment les pays du voisinage, en vue de parvenir dans les plus brefs délais à une solution assurant la restauration de la paix et de la stabilité dans ce pays frère".

"L’approche adoptée par l’Algérie en coordination et concertation avec les pays du voisinage vise à mettre un terme à toute forme d’escalade et à réunir les frères libyens autour d'une même table de dialogue loin de toute ingérence étrangère", a-t-il souligné, ajoutant que ce "processus doit commencer par un cessez-le-feu loin des règlements de comptes conjoncturels pour recouvrer la confiance entre les parties libyennes à même d’engager un dialogue regroupant les différentes composantes du peuple libyen en vue de restaurer la paix et réaliser ainsi les attentes de ce peuple frère".

Le chef de la diplomatie a réaffirmé que l’Algérie "reste à équidistance des belligérants libyens, tout en les exhortant à l’adhésion au processus de règlement politique plébiscité

par le peuple libyen et ce, à travers une large concertation appuyée par les pays du voisinage sous l'égide des Nations Unies".

A ce propos, il a rappelé la décision du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune qui a affirmé, lors de la conférence de Berlin tenue début 2020, "la disponibilité de l’Algérie à abriter des rencontres entre frères libyens pour reprendre l’opération politique sous l'égide de l’ONU et dans le respect de la volonté politique du peuple libyen".

M. Boukadoum a également rappelé la tenue, en février dernier à Alger, de la réunion de concertation des ministres des pays voisins de la Libye (arabo-africains) au titre du mécanisme de dialogue pour examiner le dossier libyen et trouver une solution qui mettra fin à la souffrance du peuple libyen.

L’Algérie avait mis en exergue, lors de cette réunion, l’importance de la préservation de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la Libye, appelant les belligérants libyens à revenir au processus politique sous l'égide de l’ONU en adoptant le dialogue inclusif comme moyen devant mener à une solution à la crise libyenne.

Concernant le processus de règlement de la crise libyenne et le rôle de l'Algérie à cet égard, M. Boukadoum a précisé que "toutes les parties libyennes demandent l'intervention de l'Algérie, car c’est le seul pays qui n'a envoyé ni armes ni mercenaires en Libye, mais plutôt un message d'espoir pour toutes les parties libyennes".

Il a souligné, à cette occasion, que le cessez-le-feu observé en février dernier avait été convenu en Algérie grâce aux efforts du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune.

Le rôle de l’Algérie dans le règlement de la crise libyenne "n’est pas sollicité uniquement par Tripoli et Benghazi, mais par toutes les parties concernées", a affirmé le ministre, soutenant que "l'intérêt de l'Algérie est de voir une Libye stable et unie".

M. Boukadoum a prévenu que "la guerre par procuration qui se joue en Libye nuit davantage aux Libyens".

"L'ingérence étrangère est devenue un problème majeur. Si nous avions laissé les Libyens entre eux avec un soutien politique, cette crise n'aurait pas perduré", a-t-il ajouté.

"Nous rejetons catégoriquement toute ingérence étrangère en Libye", a-t-il martelé, appelant au nécessaire « respect de l'embargo sur les armes vers ce pays et de la souveraineté de la décision libyenne".

Evoquant la question du Sahara occidental, M. Boukadoum a mis l’accent sur la nécessité de surmonter "le statu quo marquant actuellement le processus de règlement de cette question pour mettre un terme à la souffrance du peuple sahraoui en lui permettant d'exercer son droit légitime à l’autodétermination dans le cadre de la Minurso".

Le ministre a réitéré, à cette occasion, son appel à la nomination d'un représentant personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental "dans les plus brefs délais".

Quant à la situation au Mali, Le ministre des Affaires étrangères, M. Sabri Boukadoum, a affirmé que l’Algérie accordait un intérêt majeur au dossier malien à travers ses efforts déployés dans le cadre de sa présidence du Comité de suivi de l'Accord de paix et de réconciliation au Mali, soulignant que "l’Algérie œuvre à l’accompagnement et à l’encouragement des parties maliennes pour la mise en œuvre de toutes les clauses de l’Accord de paix et de réconciliation, de manière à permettre à l’Etat malien de préserver sa souveraineté et d'instaurer la sécurité dans les quatre coins du pays".

M. Boukadoum a également mis en avant la stratégie de l’Algérie, "visant la consolidation de la sécurité et du développement dans le Sahel, à travers la solidarité palpable avec les pays de la région pour renforcer leurs capacités dans tous les domaines".

Pour ce qui est des relations maghrébines, Le Ministre des Affaires Etrangères a affirmé que l'Algérie "demeure convaincue que la communauté de l'Histoire et du destin des peuples maghrébins impose l'attachement au projet d'édification de l'Union du Maghreb arabe (UMA) à même de renforcer les intérêts économiques et les efforts de développement tout en accordant à la région la place qui lui sied aux niveaux régional et international".

"La diplomatie algérienne puise sa force et son esprit des références sous-tendues par les hauts faits de la lutte algérienne et les idéaux suprêmes véhiculés par la Déclaration du 1er Novembre 1954", a ajouté le ministre relavant que ces idéaux "prônent la promotion des principes de respect de la souveraineté des Etats, de non-ingérence dans leurs affaires internes, de règlement pacifique des conflits, de bon voisinage et de consolidation des liens de coopération internationale dans tous les domaines, outre le soutien aux causes justes de par le monde et l'édification d'un ordre mondial plus juste et équitable".

"A la lumière de ces principes directeurs, l'Algérie adopte une approche globale et pragmatique dans son interaction avec les derniers développements survenus sur les scènes régionale et internationale à travers le règlement pacifique des crises et le traitement exhaustif de leurs causes profondes, à travers le renforcement des efforts de développement et l'établissement de relations basées sur le respect mutuel et les intérêts communs".

Concernant le Sommet de la Ligue arabe que l'Algérie devait abriter en mars dernier, M. Boukadoum a affirmé qu'aucune date n'avait encore été fixée pour la tenue de ce Sommet annulé en raison de la pandémie de la Covid-19, rappelant que "toutes les réunions sont organisées actuellement par visioconférence".

"Le dossier de réforme de la Ligue compte parmi les principaux points à soumettre au débat lors du sommet", a-t-il observé, critiquant "le recul du rôle de la Ligue arabe face aux défis qui se posent au Monde arabe".

M. Boukadoum a estimé que "la question palestinienne traverse une période difficile", soulignant le rejet par l’Algérie de toute démarche visant à confisquer les droits légitimes du peuple palestinien, notamment son droit à l’établissement d’un Etat indépendant avec El Qods pour capitale".

Le Chef de la diplomatie algérienne a salué la position internationale rejetant les plans israéliens d’annexion de parties de la Cisjordanie occupée, appelant à la prise de "mesures coercitives et concrètes pour mettre fin à cette violation systématique".

A une question sur la délimitation des frontières maritimes avec l’Italie, M. Boukadoum a souligné l’importance "d’aller jusqu'au bout dans les négociations lorsqu’il s’agit de frontières partagées avec d’autres pays", ajoutant que l’Algérie a entamé "le travail sur le plan technique concernant ce dossier". Et d’ajouter : "il n’y a pas lieu de polémiquer, il s’agit d’un problème ordinaire inhérents aux frontières adjacentes".

Concernant la coopération internationale, le ministre a souligné que "le processus de renouveau que connait aujourd'hui la diplomatie algérienne dans le contexte des mutations en cours dans le pays, aura inéluctablement un impact positif sur les efforts et la coopération bilatérale avec les différents partenaires à travers l'attraction des investissements et la diversification de l'économie nationale dans le cadre de relations équilibrées basées sur le principe gagnant-gagnant et le respect mutuel".

Il a rappelé, en outre, "les relations de partenariat entre l'Algérie et l'Union européenne (UE) soutenues par plusieurs mécanismes de coopération et de dialogue dans la Méditerrané outre sa volonté de poursuivre les efforts pour relever les défis économiques, humains et sociaux ainsi qu'environnementaux, devenus un dossier important sur la table des partenaires".

Le Chef de la diplomatie algérienne a affirmé que "l'Algérie qui a, de tout temps, milité pour un ordre mondial multipartite plus juste et équitable, continue à œuvrer pour la promotion et la réforme du système de gouvernance internationale, ce qui explique ses efforts sur le plan régional pour contribuer efficacement au processus de réforme de l'ONU, à même de lui permettre d'assumer ses responsabilités en termes de maintien de la paix et de la sécurité et de consolidation de la coopération internationale, à la faveur d'une représentation juste et équitable, plus valorisante pour les pays du sud".

M. Boukadoum a indiqué que cette position "s'inscrit dans le cadre de la position africaine unifiée pour la réforme de ce mécanisme", notant que la réussite de cette démarche "exige le renforcement de la coopération Sud-Sud et l'accélération de la cadence d'intégration régionale, au titre du processus d'application de l'Agenda 2063 de l'UA et la poursuite de l'application des différents projets d'intégration au niveau continental".

Le ministre a souligné, dans ce sens, "le rôle important de la diplomatie dans le développement de l'économie nationale, à travers le drainage des investissements étrangers", ajoutant "qu'un travail est en cours avec les pays voisins, notamment dans le Sud tels le Mali et le Niger pour l'exportation des produits algériens".

A cet effet, M. Boukadoum a appelé les entreprises publiques et privées nationales "à s'acquitter de leur rôle dans ce domaine".