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Allocution de M. Ramtane LAMAMRA, Ministre d’Etat,Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale, à la Cérémonie d’ouverture du Séminaire de l’Union africaine 02/12/2015

 

 

 

 

 


Allocution de M. Ramtane LAMAMRA, Ministre d’Etat,Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale,  à la Cérémonie d’ouverture du Séminaire de l’Union africaine sur les initiatives de développement dans le Sahel et les perspectives de mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du Processus d’Alger. Palais des Nations, Alger, 2 - 3 décembre 2015

 

 

 

 

 

M. le Président Pierre Buyoya,  Haut Représentant de l’UA pour le Mali et le Sahel, Chef de la MISAHEL,

Distingués participants,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

 

Il m’est agréable de vous accueillir au Palais des Nations à Alger et de participer à l'ouverture de cet important séminaire sur les initiatives de développement de l’Union Africaine dans les pays de la région sahélo-saharienne et les perspectives de mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du Processus d’Alger. En vous souhaitant une chaleureuse bienvenue ici, dans notre deuxième patrie, je tiens à souligner l’engagement continu de l’Algérie, sous l’impulsion du Président de la République, M. Abdelaziz BOUTEFLIKA, en faveur d’un avenir qualitativement meilleur pour le peuple malien frère.

Ce séminaire est particulièrement opportun et approprié compte tenu de l’importance et de l’urgence qui s’attachent aux dimensions économiques de la situation prévalant dans les régions du Nord du Mali en tant que composantes des causes sous-jacentes de la crise et en tant que facteurs essentiels de la sortie de crise et de la consolidation de la paix. C’est dire notre haute appréciation pour l’initiative prise par le Président Buyoya, Haut Représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, et pour tous ceux qui ont travaillé à la préparation et à la tenue de ce Séminaire.

La région sahélo-saharienne reste minée par une myriade de fléaux et menaces. Aux vulnérabilités liées au climat et à l’état d’extrême pauvreté, se sont, en effet, greffées ces dernières années dans cette région une exacerbation sans précédent des revendications communautaires et une montée en puissance fulgurante du terrorisme et du crime organisé.

Les méfaits de l’homme et de la nature se sont conjugués pour poser, avec une rare acuité, des défis existentiels aux peuples de la région et, au-delà, à la communauté internationale dans son ensemble.

 

 

La porosité des frontières de certains pays, le foisonnement des groupes armés et la prolifération des armes ainsi que le phénomène de la radicalisation constituent des risques aggravants, alors que et malheureusement, il n’y a pas à l’heure actuelle une seule stratégie pour aider à relever les défis auxquels le Sahel est confronté.

 

Distingués participants,

Mesdames et Messieurs,

 

L’Algérie est un voisin direct du Mali et du Niger. Les relations qui la lient à ces pays sont historiques, stratégiques, humaines et culturelles. Elles sont bâties sur un destin et des intérêts communs. De fait, l’Algérie est un pays sahélien qui entend s’assumer en tant que tel.

L’engagement de l’Algérie dans cette région est guidé à la fois par le devoir de solidarité, le souci d’investir dans la sécurité collective au sens large intégrant la dimension du développement, l’objectif d’appropriation poursuivi par l’Union Africaine, et le respect des principes sacro-saints de souveraineté des Etats et de non-ingérence dans leurs affaires intérieures sur lesquels se fondent ses politiques étrangère et de sécurité nationale.

D’importantes contributions algériennes ont été apportées dans cet esprit tant au plan bilatéral que multilatéral au profit de pays sahéliens dans les domaines du renforcement des capacités, de l’économie, de l’humanitaire et du règlement des crises et conflits.

Dans le domaine de la sécurité en particulier, un important effort de coordination opérationnelle a été lancé entre l’Algérie et des pays sahéliens avec pour résultats concrets, notamment, la mise en place du CEMOC, de l’UFL et du Processus de Nouakchott.

Cet effort bénéficie de la légitimité de l'agenda de paix et de sécurité de l'Union Africaine, de l'engagement des pays participants et de l'apport de mécanismes régionaux et continentaux, comme le CAERT et le CISSA auxquels s’ajoute l’AFRIPOL dans l’avenir immédiat.

La toute première réunion des Chefs d’Etat-major et des Ministres de la Défense des pays participant au Processus de Nouakchott, tenue en septembre dernier à Bamako, a accueilli favorablement une nouvelle proposition importante tendant à la création à Tessalit, dans le Nord du Mali, d’un centre régional de formation et d’aguerrissement au combat en zone désertique.

 

 

Sur la problématique du développement, indissociable dans la vision algérienne de celle la sécurité, les efforts de l’Algérie se traduisent à différents niveaux :

·         bilatéral, à travers les échanges transfrontaliers, les programmes boursiers, l’effacement de la dette bilatérale, les assistances humanitaires….

·         sous-régional, à travers l’initiation de projets de désenclavement dont ceux structurants de la Transsaharienne, du Gazoduc Nigeria – Mer Méditerranée et de la fibre optique.

·         international, à travers la promotion de l’accompagnement international des efforts de développement des pays du Sahel, notamment dans le domaine de la fourniture des besoins sociaux de base (santé, éducation, eau potable, alimentation, énergie...) y compris dans la cadre de micro-projets et de projets de coopération triangulaire.

 

Distingués participants,

Mesdames et Messieurs,

 

Le processus de paix en cours au Mali mérite toute notre attention et sollicite un engagement conséquent. Nous devons aider ce pays voisin à accélérer sa sortie définitive de la crise politico-sécuritaire qu’il a eu à affronter au cours des trois dernières années.

L’Accord de Paix et de Réconciliation au Mali issu du Processus d’Alger, signé les 15 mai et 20 juin 2015, a été un couronnement historique qui nécessite d’être consolidé par sa mise en œuvre intégrale, diligente et fidèle pour que le Mali puisse renouer irréversiblement avec la stabilité.

Après quelques difficultés de lancement, le processus de mise en œuvre de l’Accord se déroule dans un climat de plus en plus serein et fructueux. Des initiatives notables ont été enregistrées comme la tenue des rencontres intra et intercommunautaires d’Anefis, l’absence d’incidents majeurs sur le terrain, la tenue de la conférence de Paris d’aide au Mali, le début du rétablissement des services sociaux de base dans le Nord et le lancement du processus de cantonnement et de déploiement des patrouilles mixtes.

Le Comité de suivi de l’Accord, présidé par l’Algérie, s’emploie inlassablement à aider les Parties à assumer leurs responsabilités dans cette phase cruciale. Il a tenu, à ce jour, six sessions, la dernière n’ayant pas pu parachever ses travaux à cause de l’attentat terroriste perpétré contre l’hôtel Radisson Blu de Bamako.

Cette attaque barbare qui a fait de nombreuses victimes souligne de nouveau l'ampleur du défi sécuritaire auquel le Mali continue de faire face et qui appelle un effort accru de veille et de mobilisation.

En tout état de cause, l’Algérie poursuivra avec détermination sa contribution à l’œuvre de paix dans ce pays frère. Elle attend de ses partenaires au sein du Comité de suivi un soutien constant pour accélérer le processus de mise en œuvre de tous les engagements souscrits dans le cadre de l’Accord.

Distingués participants,

Mesdames et Messieurs,

 

Le Mali, tout comme les autres pays du Sahel, n’a pas que des difficultés à surmonter. Il dispose de nombreux atouts et opportunités. Ces atouts et opportunités peuvent être mis en valeur dans le cadre de la Stratégie de l’Union Africaine pour la région du Sahel que la MISAHEL s’attèle à mettre en œuvre avec dévouement et professionnalisme sous la direction avertie, expérimentée et engagée du Président Pierre Buyoya dont nous saluons chaleureusement les contributions dans le Processus d’Alger.

A cet égard, il est important que l’élan de solidarité internationale capté et porté par les différentes stratégies énoncées au bénéfice du Sahel tienne compte des besoins et priorités du Mali comme identifiés dans l’Accord et qui s’articulent essentiellement sur le retour des services sociaux de base, les infrastructures, la formation, les équipements hydrauliques et énergétiques.

Il est tout aussi important d’éviter la duplication et la déperdition des efforts en renforçant les cadres et mécanismes opérationnels déjà prévus dans le cadre de l’Accord.

Tout doit être également fait pour que les populations frontalières vivent dans un espace plus prospère, plus paisible et plus sûr, et pour qu’elles soient véritablement des acteurs et des bénéficiaires privilégiés des chantiers du développement et de l’intégration.

 

Distingués participants,

Mesdames et Messieurs,

 

L’Union Africaine a vu juste en mettant, à travers la MISAHEL, des outils fort utiles à la disposition des pays bénéficiaires de sa stratégie multidimensionnelle et ce dans les trois volets prioritaires de la gouvernance, de la sécurité et du développement qui sont à la base de crises récurrentes dans la région.

Vous vous réunissez aujourd’hui opportunément pour dresser le bilan de votre propre action en la matière et évaluer son impact sur le terrain, en tirer des enseignements et définir de meilleures approches pour l’avenir en termes de coordination, d’efficace et de rendement.

Ce faisant, vous contribuez aussi à enraciner la culture de la paix et à renforcer la stabilité au Mali. Vous contribuez également à affirmer la pertinence de l’Union africaine et à en rehausser la crédibilité.

Au nom de l'Algérie et de son Président, je vous assure de nouveau que nous continuerons à œuvrer avec vous pour appuyer efficacement les initiatives visant à parvenir à la paix, à la sécurité et à la stabilité au Mali et dans la région du Sahel dans son ensemble.

 

Je vous souhaite de fructueuses délibérations et vous remercie de votre aimable attention.